La France fut le premier pays d’Europe occidentale à reconnaître la République populaire de Chine durant la guerre froide. Les deux pays entretiennent une relation diplomatique historiquement significative, ainsi qu’une longue tradition d’influences culturelles réciproques, notamment à travers l’enseignement des langues, les expositions, le cinéma et la diffusion internationale. Ces trajectoires entremêlées constituent non seulement le socle de leurs échanges contemporains, mais font également de la comparaison franco-chinoise un cas particulièrement heuristique pour analyser la manière dont les États déploient des stratégies différenciées afin de construire leur influence à l’échelle globale.
Le projet s’articule autour d’une question fondamentale aux implications étendues : comment la France et la Chine réinventent-elles la diplomatie publique à l’ère des médias numériques et de l’intelligence artificielle afin d’influer sur les débats globaux relatifs à la technologie, à la gouvernance et au pouvoir ? Depuis le milieu des années 2010, les deux pays ont fortement investi dans des dispositifs numériques d’action extérieure, mais selon des approches et des styles contrastés. Les ministères et institutions culturelles français ont développé des présences multilingues sur les réseaux sociaux, valorisant le patrimoine, l’éducation et le tourisme, et mettant en avant l’échange culturel et la construction réputationnelle. À l’inverse, la Chine a structuré un système de communication extérieure vaste et centralisé — englobant médias d’État, diplomates, institutions culturelles et gouvernements locaux — mobilisant des récits stratégiques et plus assertifs.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle (IA) s’impose comme un nouveau front de la compétition géopolitique. La Chine positionne l’IA comme un pilier de sa stratégie économique et diplomatique, en promouvant à la fois la recherche de pointe et la définition de standards techniques. La France, pour sa part, s’illustre par des avancées significatives en matière de gouvernance de l’IA, notamment à travers le développement de cadres réglementaires et de normes éthiques. La diplomatie publique constitue un espace de rencontre entre ces trajectoires : Pékin et Paris cherchent tous deux à convaincre les publics internationaux de la fiabilité et de la légitimité de leurs approches respectives de l’IA. À la compétition en matière d’innovation s’ajoute ainsi une confrontation des récits et des normes.
Dans ce contexte en recomposition, le projet propose une analyse comparative approfondie de la diplomatie publique numérique française et chinoise, en accordant une attention particulière à l’IA comme terrain de contestation. Il examine conjointement les dynamiques de coopération et de concurrence entre les deux pays dans la course au leadership et à l’innovation en matière d’IA. S’appuyant sur un ensemble de méthodes qualitatives et quantitatives, il vise à cartographier les principaux acteurs, leurs stratégies discursives ainsi que les formes de réception par les publics, en ligne comme hors ligne. Le projet a pour ambition non seulement de contribuer à l’avancement des connaissances scientifiques, mais également d’éclairer un public élargi non spécialiste.
Le projet défend l’idée que la diplomatie publique numérique ne se réduit plus à une logique de diffusion de messages. Elle constitue désormais un espace stratégique au sein duquel les États cherchent à définir les problèmes, à fixer les règles et à construire leur légitimité auprès des publics globaux. La France et la Chine proposent à cet égard des trajectoires contrastées vers un objectif commun : façonner les infrastructures et les standards globaux de l’intelligence artificielle, tant sur les plans technique et juridique que discursif. En mettant en lumière ces trajectoires à travers une recherche à la fois rigoureuse et accessible, le projet entend permettre au public de questionner les discours, d’évaluer les choix politiques et de prendre part aux débats qui redéfinissent les modalités de la diplomatie à l’ère numérique.